LETTRE A MA FUTURE FAMILLE

Grillon, le 18/05/2019

Cher futur adoptant, chère famille tant désirée,

Je m’appelle City et je suis au refuge depuis que j’ai 5 mois. J’ai aujourd’hui 12 ans, faites le compte…

là, c'est moi, tout jeune et encore insouciant...

Là, c’est moi, tout jeune et encore insouciant…

Là, j'ai trois ans. Beau, hein? Pourtant, toujours personne.

Ici, j’ai trois ans. Beau, hein? Pourtant, toujours personne.

Toute ma vie, je l’ai passée dans un parc, certes à l’abri, certes nourri, mais tellement seul! Pour le meilleur ou pour le pire, j’ai vu partir nombre de mes copains, Gaïa, avec qui j’ai vécu longtemps, Kiki, récemment Erato, mon voisin de parc qui a enfin trouvé le bonheur. Le statut de gardien qu’on m’a collé sur le dos, le tort de ne pas être à la mode, de ne pas trop aimer mes congénères mâles … bien sûr, tout cela a joué contre moi. Mais mince, suis-je le seul chien à ne pas aimer la concurrence masculine? Pourquoi ne m’a-t-on jamais regardé? Pourquoi ai-je sans cesse entendu devant mon parc « bof, non, pas lui »? Pourquoi en ai-je tant vu se détourner de moi?

Je sais bien que j’ai gâché ma chance avec Émilie qui m’avait accueilli à bras ouverts : je me suis battu avec son autre mâle. Mais j’ai été sympa avec ses chiennes, j’ai été tout de suite propre et affectueux, j’ai joué, j’ai découvert les coussins, les nuits au chaud, les jardins frais et l’affection d’un cœur tout tendu vers moi. Oh, je ne lui en veux pas, elle a tout fait pour me donner ma chance. Mais depuis mon retour, les bénévoles ont bien vu que je n’ai plus le même regard. J’ai l’air fatigué, las de cette vie toujours la même, toute en solitude et en ennui. Les balades plus fréquentes me distraient agréablement, mais ça ne remplace pas une maison. Je suis encore pêchu mais ce n’est plus comme avant. Je dors au soleil, regarde vaguement les bénévoles s’affairer pour construire un nouveau refuge, mais pour moi, tout est toujours pareil…

Alors vous, qui n’avez pas d’autre chien mâle, qui ne connaissez pas encore le bonheur qu’il y a à adopter un senior, qui n’avez pas encore lu dans un regard la reconnaissance si profonde d’un chien au sortir de tant d’années de refuge, adoptez-moi, sortez-moi de cet endroit qui m’a sauvé la vie mais qui l’a aussi dévorée. Je n’en peux plus d’être ici…

Je vous guette et vous léchouille, vous que je ne connais pas encore mais que j’aime déjà,

City

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